mercredi 10 janvier 2018

Chacun SON bdsm, pourquoi est-il dangereux de penser cela ?


Je lis souvent au gré du net cette fameuse phrase « Chacun est libre de vivre SON bdsm ». Formule reprise en différentes déclinaisons et qui laisse imaginer à travers ces quelques mots que si on pense différemment on s’oppose à la liberté d’expression ou même à la liberté de respirer l’air qui nous entoure. J’ai même rencontré des variantes sous la forme de « droit à l’indifférence » et autres salmigondis…
Je pense que lorsqu’on affirme une telle chose on commet une énorme méprise entre le fond et la/les formes du bdsm et qu’on ne prend pas bien en compte tout ce que cela implique.




Explicitons un peu les choses :

BDSM, le fond :
Pour moi (et cela n’est que ma vision des choses, qui s’inscrit dans un cadre de pratiques SSC), le BDSM est un état d’esprit, une démarche, dans lesquels une personne (appelée soumise) remet à une autre personne (appelée dominante) le pouvoir de décision et d’action. La personne soumise attend de la personne dominante qu’elle exerce effectivement ce pouvoir de façon bienveillante à travers des pratiques et une relation qui doit leur permettre une forme d’accomplissement ou au minima d’avoir du plaisir.
Pour moi ce don qui est fait par la personne soumise n’a de légitimité que si celui-ci se fait d’une façon totalement libre et consentie, c’est-à-dire sans aucune emprise physique ou psychologique. Ce don n’est jamais un acquis définitif mais se renouvelle par tacite reconduction tant que la confiance et le lien existent, chacun pouvant y mettre un terme à tout moment.
Je n’ai pas la prétention de détenir la Vérité Vraie (chacun sait que la vérité dépend énormément de sa position, de son point de vue) et encore moins de définir ce qu’est dans l’absolu le bdsm, mais je pense que dans ce que je viens d’exprimer nous pouvons retrouver le plus petit dénominateur commun que nous avons tous dans nos relations et nos pratiques.

BDSM, la/les formes :
Ici, il s’agit de la façon dont chacun vivra cela, des pratiques que chacun aime ou n’aime pas et qui sont propres à chaque personne, à chaque couple D/s. Ici nous trouverons autant de pratiques diverses et variées que de pratiquants. Ici chacun peut vivre SES PRATIQUES bdsm.

Or les formes n’auraient rien de bdsm sans le fond…
En effet, fouetter au sang une personne ne serait-il pas un acte de torture ou de barbarie sans le consentement, sans la bienveillance ?
De même, contrôler la sexualité d’une personne ne serait il pas assimilé à une manipulation si cela n’entre pas dans le cadre d’un accord librement consenti ?
Voilà pour moi où est toute la différence et pourquoi « on ne peut pas vivre SON bdsm ». En effet laisser croire cela légitimerait de fait tout abus, toute manipulation, toute malveillance.
Ainsi, parce qu’un pervers narcissique manipulateur pourrait vivre SON bdsm, il pourrait alors légitimement détruire la victime tombée entre ses mains ! Rien à lui redire : il vit SON bdsm…
Je ne peux adhérer à cela, désolé…




Ne vous y trompez pas, je ne suis pas en train de vouloir réglementer ou uniformiser nos pratiques ou même de m’immiscer dans la vie privée de chacun. J’invite juste chacun à se poser des questions, à se demander si cette illusion de liberté que prônent certain(e)s n’arrange pas au final ces mêmes personnes qui revendiquent le droit à l’indifférence et qui leur permet alors d’agir sous couvert d’anonymat, en se persuadant elles-mêmes et autrui de la légitimité de leurs actes et pensées.
On les reconnait facilement, elles n’ont à la bouche que les mots « grands pontes du bdsm » ou « ceux qui détienne LA vérité » ou encore « ceux qui pratiquent le VRAI bdsm » pour qualifier toute personne qui ne pense pas comme elles.
Ce ne sont pourtant que des effets de manche pour induire la confusion dans les esprits et s’empresser de reporter sur autrui ce qu’on pourrait bien leur reprocher…




Être indifférent, c’est aussi dans certains cas de la non-assistance à personne en danger.
A cela j’oppose l’altruisme, pourtant défendu souvent par les mêmes personnes « libres et indifférentes » qui galvaudent au passage bon nombre de vertus au gré de leurs humeurs et de ce qui les arrange.

Alors non, on n’est pas libre de vivre SON bdsm, parce qu’il n’y a pas quinze mille bdsm, il y a un état d’esprit, une démarche, belle, respectueuse et consensuelle : le BDSM, qui se manifeste de façons différentes en fonction des pratiques de chacun.

Pour ma part je vis MES PRATIQUES bdsm, encadrées par l’état d’esprit DU bdsm.

Sir John

mardi 9 janvier 2018

Evolution et évolutions…


Bonjour à toutes et à tous. Cela fait un bon moment que je n’ai pas alimenté ce blog. La raison en est fort simple : un manque de temps et le besoin aussi de faire le point.
Lors d’un précédent article, je vous livrai une petite allégorie, celle de la montagne à gravir, qui se concluait par le fait que la jeune fille et son guide sont un jour arrivés en haut de leur montagne et qu’il leur fallait alors faire un choix.
Ange et moi avons atteint le sommet de notre montagne il y a quelques mois de cela… Nous avons fait un choix…

J’ai décidé, après en avoir parlé avec elle de lui retirer mon collier.
Oh ce n’est pas triste, loin de là. Nous avons en fait d’autres montagnes à gravir, mais nous avons chacun la nôtre, même si nous avançons toujours ensemble.
Ange depuis un bon moment montrait un intérêt grandissant pour la Domination.
Pour tout dire, je pense que son caractère profond est celui d’une Dominante. Aussi je l’ai encouragé à aller en ce sens, à Dominer ponctuellement soumis et soumises, le temps d’un soir. Et elle est douée ! Non... Elle est faite pour cela ! Il lui fallait juste le temps nécessaire pour s’en rendre compte.

Dès lors mon rôle de Maître était terminé. Je pense sincèrement que lorsqu’on aime sincèrement une personne qui se soumet à soi, notre premier objectif, en dehors d’assurer sa sécurité, c’est de veiller à son épanouissement.
Aussi si l’épanouissement d’Ange nécessite qu’elle Domine, il serait égoïste de ma part de l’en empêcher si je suis convaincu que cela la rendra heureuse.
Le Maître a donc tiré sa révérence afin qu’elle puisse s’affirmer comme Dominante.




Certains, et Ange elle-même, m’ont demandé pourquoi ne pas lui permettre de Dominer tout en restant ma soumise ?
Et bien tout simplement parce qu’elle comme moi, nous ne pouvons nous contenter de quelque chose qui ne serait pas « total ». En Dominant, sa soumission envers moi petit à petit deviendrait quelque chose qu’elle « permet » mais qu’elle ne ressent pas au plus profond d’elle-même. Elle a appris à me dire NON, et c’était mon ultime leçon pour elle… sourire…
Ange n’est plus, Lady Angel a vu le jour…
De Maître je suis passé au « rôle » de mentor. Et c’est avec joie que nous avons trouvé une nouvelle complicité, cette fois-ci celle de deux Dominants échangeant impressions et conseils…

Mais je parlais d’évolutions au pluriel…
En effet, ces derniers mois Lady Angel a rencontré un soumis - en fait, étant travesti nous l’appelons « soumise » - et elle a entamé une relation D/s avec elle. Cette soumise, du nom d’Hisaë lui a fait la demande de devenir sa soumise et Lady Angel a accepté de devenir sa Maîtresse. J’avoue que j’éprouve une très grande joie de voir Lady Angel s’épanouir dans sa Domination de sa soumise, toujours à l’affût de nouvelles choses, toujours soucieuse de veiller à l’épanouissement de sa soumise. J’avoue aussi tirer une certaine fierté de cela, lui ayant un peu mis le pied à l’étrier…




De mon côté j’ai rencontré une femme avec qui, lors d’une soirée, j’ai pu pratiquer. Il est des évidences en ce monde qui me font dire que le hasard n’existe pas… J’ai su dès cet instant que nous étions faits pour être Maître et soumise. J’ai su dès cet instant la sincérité de son envie de se soumettre, de se soumettre totalement, et de se soumettre à moi…
Je l’ai baptisé Kaïwen et elle m’a fait sa demande pour que je devienne son Maître en début octobre 2017. J’ai accepté et je sais aujourd'hui avoir fait le bon choix.


Tout l’aspect délicat était maintenant de vivre cette relation au sein de mon couple, puisque lady Angel est également ma femme.
Ce n’est pas une relation de couple comme se présente un couple vanille, ni une relation à trois. Cela prend l’aspect d’une relation en quatuor, mais avec des subtilités importantes. Il y a d’abord le respect du couple que nous formons Lady Angel et moi. Il y a aussi le respect de la relation entre Lady Angel et sa soumise Hisaë. Il y a le respect de la relation entre Kaïwen et moi. Il y a les relations que nous pouvons avoir lorsque nous sommes tous les quatre réunis à la maison. Il y a toutes les notions d’intimité qu’impliquent ces relations. Si la pratique du BDSM dépasse largement une relation sexuelle, je n’imagine pas retirer tout aspect sexuel de la relation Dom/soum… Ce sont autant de notions qu’il faut comprendre, accepter et assimiler… Ca, et la présence « d’autrui ».

L’arrivée de ma soumise ne doit pas non plus être perçue comme un « remplacement » d’Ange, comme si elle prenait sa place.
Non chacun a sa propre place et nul ne prend celle de l’autre.
Et bien voyez vous tout ceci est beaucoup plus facile à dire ou écrire qu’à mettre en application et à accepter.

Il faut beaucoup communiquer et expliquer. Ne pas précipiter les choses. Mais pour cela il faut que les quatre personnes acceptent aussi de faire cet effort.
Et bien ce fut le cas. Nous avons parlé, communiqué, nous avons franchis des étapes les unes après les autres pour arriver à ce que nous voulions réaliser sans aucune certitude de réussir. Mais toujours animé d’un véritable espoir et d’un réel amour.

Aujourd’hui Lady Angel et moi vivons en parfaite harmonie notre relation d’époux.
lady Angel mène l’éducation de sa soumise Hisaë en ne se limitant sur rien et il me semble les voir en tirer un réel accomplissement réciproque.
Kaïwen et moi vivons notre relation D/s (et uniquement dans le cadre des pratiques bdsm) sans aucune limite et ma soumise a fait de moi un Maître à nouveau.

Tous les quatre nous avons formé une sorte de petite famille mais tout permettant aux uns et aux autres de vivre leur relation sans avoir à la limiter.
Ce sont donc de nouvelles histoires qui vont maintenant s’écrire au fil de ce blog.




Ange, Lady Angel restera à jamais ma rose blanche, même maintenant empourprée.
Mais elle a aussi Hisaë ,sa rose blanche, à ses pieds et j’ai une rose blanche, Kaïwen, aux miens qui ne demande qu’à s’abreuver de soleil et de plaisirs…


Nous allons tous nous y atteler…

Sir john

dimanche 3 septembre 2017

Allégorie...



Il y a quelques temps Ange m'a dit :

- Maître…Je voudrais vous poser une question…
- Je t’écoute.
- Depuis maintenant trois ans que nous vivons cette relation D/s, comment vous définiriez notre parcours ? En êtes-vous satisfait ? Est-ce que vous ne vous lassez pas de moi ?
- Ça fait trois questions...

Elle baissa les yeux.  Je lui souris.

- Je plaisante mon Ange…  Mais pour te répondre, j’aimerai te raconter l’histoire que m’a un jour contée une Grande Dame.  C’est un peu comme un conte.  Et comme les contes commencent par « Il était une fois… », voici :
  
Il était une fois un petit village au fond d’une vallée semblable à nombre de petits villages au fond de vallées dans lequel avait grandi depuis sa plus tendre enfance une jeune fille.  Cette jeune fille n’avait selon les autres habitants du village rien de particulier, elle n’était ni belle, ni laide, n’était ni intelligente, ni bête, n’avait une vie ni passionnante ni morose.  Il y avait toutefois une chose qui la distingua une fois qu’elle fut une jeune adulte des autres filles de son village.

Elle était, sans être capable de savoir pourquoi, irrémédiablement attirée par la montagne dont les pentes enfonçaient leurs assises dans la vallée, à la sortie de son village.
Nombre de personnes, lorsqu’elle avait fait état de son attirance pour la montagne, la mirent en garde : « Ne t’aventure surtout pas là-bas, tu courrais à ta perte, c’est bien trop dangereux.  Une jeune fille comme il faut ne va pas dans la montagne, elle reste dans le village avec les autres ! »  Ainsi était sa vie, pas malheureuse, mais elle sentait qu’il lui manquait quelque chose, quelque chose dont le besoin se faisait de plus en plus grand.


Or un jour un guide de montagne arriva dans le village.  Il n’était pas vraiment le bienvenu et les villageois l’évitaient.  Certains le méprisaient, d’autres en avaient peur.  En tout cas, il était comme un étranger pour eux car ils ne pouvaient pas comprendre qu’on puisse être guide d’une chose si dangereuse.
La jeune fille prit son courage à deux mains et osa aller parler à cet homme qui lui paraissait mystérieux et qui lui inspirait du respect et un peu de crainte.  Pourtant sans savoir pourquoi, elle savait au fond d’elle qu’elle pouvait lui parler de son envie, qu’il saurait lui, la comprendre.  Et effectivement, après l’avoir écouté, l’homme lui dit qu’il acceptait de l’emmener dans la montagne et qu’il était touché par la confiance qu’elle avait placé en lui.

Au petit matin ils partirent donc tous les deux par le chemin qui menait vers les sommets.  Au début ce chemin fut facilement praticable mais plus ils avançaient et plus la pente devenait raide. Alors il passa une corde autour de sa taille et autour de la taille de la jeune fille.  Ainsi si elle venait à tomber, il pourrait la rattraper et lui éviter une chute mortelle.  L’ascension continua ainsi, parfois facile, parfois ardue.

Régulièrement ils faisaient des pauses pour prendre le temps de se reposer et d’apprécier le chemin parcouru et celui qu’il leur restait encore à faire.  Parfois la jeune fille jetait un regard vers le village dans la vallée.  Celui-ci devenait de plus en plus petit au fur et à mesure qu’ils escaladaient la montagne.  Parfois lors de ces pauses, il lui demandait si elle ne regrettait pas son voyage et d’avoir quitté sa vie dans le village.  Et à chaque fois la jeune fille lui faisait la même réponse négative car plus elle progressait, plus elle avait envie de continuer.
Il arrivait aussi à la jeune fille de trébucher sur une pierre, de tomber au sol.  Mais à chaque fois Son guide était là pour la rattraper, pour lui expliquer comment placer ses pieds, comment assurer sa prise et il l’encourageait régulièrement, se fâchant aussi si elle recommençait la même erreur.  Mais ce n'était pas une réelle colère.  Il s'agissait plus d'une inquiétude, d'une volonté bienveillante qu'elle trouve le bon chemin...  Ils continuèrent ainsi leur ascension apprenant tous deux à chaque pas.

Puis un jour, sans même s’en rendre compte, ils atteignirent le sommet.
Ils ressentirent une grande plénitude, la sensation de s’être accomplis.
La vallée et le village étaient bien loin.
Dès lors ils avaient une décision à prendre car ils ne pouvaient visiblement pas aller plus loin dans cette montagne.  Le guide proposa alors à la jeune fille de lui retirer la corde qui la protégeait et de retourner dans le village pour à son tour devenir guide, ou alors de l’accompagner pour trouver une autre montagne à arpenter et à Dominer…

Notre relation, mon Ange, est telle une montagne que nous gravissons petit à petit.  Un jour ce choix, je te le proposerai car le BDSM est un chemin initiatique qui nous forme et nous permet de nous accomplir.

Un jour, tu auras toi aussi ce choix à faire, mais nous ne sommes pas encore au sommet de notre montagne…  Mais une chose est sûre : ni toi ni moi n’avons à regretter la vallée…




lundi 30 janvier 2017

SSC, RACK, PRICK, CNC... Une affaire de style ?

Bonjour,

J’ai pu constater, au détour de déambulations sur le web qu’émergeaient une multitude de groupes de discussion ayant pour sujet le BDSM ou du moins s’en rapprochant.  Il m’arrive de fréquenter certains de ces groupes et, je l’avoue, d’y jouer un peu les troublions en faisant un peu de provocation, non dans le but d’afficher qui que ce soit et encore moins de satisfaire une pulsion narcissique. Ceux qui suivent ce blog depuis sa création ont pu se rendre compte que notre (à Ange et à moi) but n’était pas d’étaler un savoir que vous pouvez de toute façon trouver sur le net, mais au contraire d’inviter qui le souhaite à réfléchir sur sa propre démarche en vous livrant, brut de coffrage notre propre expérience et notre propre parcours…
Ceci étant, je remarque que dans ces mêmes groupes se pose rapidement un problème de communication. Et pour cause… Nous ne parlons pas forcément de la même chose, avec des vocabulaires différents, avec des motivations différentes, avec souvent un ego exacerbé et bien trop souvent dans le feu de l’action.
Des personnes avec une longue expérience du BDSM côtoient des personnes n’ayant jamais pratiqué. Des personnes qui ont fait du BDM un art de vie côtoient des personnes qui recherchent juste de quoi épicer leur relation au sein de leur couple. A cela on peut rajouter que dans les réseaux sociaux c’est souvent celui qui parle en dernier ou qui obtient le plus de « like » qui a raison… Bref…
Ce melting pot peut être enrichissant à bien des égards, mais il est aussi source de mésententes ce qui va à l’encontre du but recherché par les personnes qui ont créé ces groupes.

Je souhaite donc ici, bien loin de faire une analyse systématique et sociologique du maillage de ces groupes, tenter de définir ce qui nous rapproche et ce qui nous sépare dans nos pratiques du BDSM.




Avant toute chose il me semble important de séparer le fond et la forme.

Je taquine souvent les personnes qui déclarent « je vis MON BDSM » argumentant que chacun est libre de vivre sa façon de pratiquer comme il l’entend, que cela doit être respecté et qu’il serait intolérant d’aller à l’encontre de cela, d’autant qu’il n’existe pas de « bible » du BDSM et que de toute façon même si cela existait ce serait alors dogmatique que de vouloir appliquer à la lettre un tel ouvrage.
Ben en fait… Si. Il existe un écrit, appelé le manifeste des 10 familles, introuvable maintenant mais qui posa jadis les bases de la relation D/s. Mais cela est anecdotique. En fait ce qui me fait bondir dans la déclaration citée et dans les arguments donnés, c’est qu’on ne parle pas de la même chose. Dans la déclaration on parle du fond et dans les arguments on parle de la forme.
De mon point de vue, le « fond » du BDSM est défini par un transfert de pouvoir. Une personne remet de façon consentante le pouvoir de décision à une autre personne consentante qui a pour tâche d’appliquer ce pouvoir. Rien de plus, rien de moins.
La forme ensuite est constituée par les multiples pratiques et cadres dans lesquels ce transfert va s’effectuer et devenir actif.
C’est pour cela que j’estime qu’on ne peut pas personnaliser le BDSM, ce qu’on personnalise, ce sont les pratiques qui rende le BDSM actif dans la relation (j’utilise le terme « pratiques » par commodité, car cela intègre entre autres les limites de chacun, le type de relation, ce qui est pratiqué et les buts et objectifs qu’on peut fixer).

Or au sein de la communauté BDSM elle-même, nous avons aussi des problèmes de communications, même si nous devrions, par principe, aller vers plus de tolérance et de respect…
Diantre ! Pourquoi ce fait ?
J’ai depuis longtemps abandonné l’idée que notre communauté puisse un jour se « fédérer ». Allez dire à un/une Dominant(e) comment agir et vous verrez la réaction…
Notre monde qui s’époumone à travailler sur nos egos est paradoxalement un monde où l’ego se fait le plus sentir…
Et je ne fais pas exception à la règle !
J’ai donc voulu essayer de comprendre pourquoi et je me suis rendu compte qu’au sein de notre petit monde BDSM nous n’avions pas tous la même notion finalement du fond !
Un peu contradictoire, non ?

Pour expliquer cela je vais devoir utiliser un certain nombre d’acronymes et je vous prie de bien vouloir m’en excuser dès à présent.
Aussi, place maintenant à la lutte pour le la suprématie du BDSM entre : SSC, RACK, PRICK, CNC et autres edgeplay…

Le SSC (sain, safe & consensual : sanité, sécurité & consentement) est le côté bdsmement correct. La relation est basée sur le fait d’avoir des pratiques sécurisées, dans des conditions saines de corps et d’esprit et avec un consentement réciproque à tout moment. C’est ce que pratiquent la majeure partie des gens et ce qu’on présente en général comme principe de base à des personnes qui ne pratiquent pas elles-mêmes car cela apporte une dimension très rassurante.



Franchissons une étape et intéressons-nous au RACK (Risk Aware Consensual Kink : Risque Conscient Consenti dans le sexe alternatif (kink) ) et au PRICK (Personal Responsibility, Informed Consensual Kink : Prise de Responsabilité Personnelle en connaissance des risques Consenti dans le sexe alternatif) ou encore au CCC (Committed Compassionate Consensual). Ici, on part du principe qu’une pratique ne peut jamais être sûre à 100 % et on admet de façon reconnue qu’il y a un risque et que ce risque peut avoir des effets dommageables. Mais, à la lumière de ces risques, les partenaires ont, de bonne foi, donné leur consentement préalable pour s'engager dans cette activité.
C’est ici un état d'esprit qui accorde plus d'attention aux conséquences peut-être inattendues des pratiques BDSM. Sa théorie s'articule autour de l'engagement raisonné, y compris les conséquences possibles d'un jeu plus risqué. En revanche, le SSC tourne autour des résultats finaux du jeu. Il essaie de minimiser tout préjudice potentiel malgré les risques auxquels les joueurs du BDSM pourraient être prêts à participer. Les deux philosophies visent à minimiser les préjudices prévisibles, mais le RACK met plus l'accent sur l'engagement individuel à un risque possible au préalable, alors que le SSC essaie de minimiser le préjudice total prévisible à plus long terme. Ainsi, les adeptes du RACK insistent sur la valeur du consentement préalable individuel au plaisir même risqué..
On va ainsi retrouver dans cette vision du BDSM des pratiques comme par exemple le breathplay, le knifeplay, le waterboarding et de nombreuses autres encore.
Nous sommes bien sûr ici déjà dans l’illégalité de par la mise en danger consciente d’autrui.
En aucun cas un « débutant » n’a intérêt à s’essayer à cela et bien sûr je n’encourage officiellement pas cela non plus…





Allons plus loin et voyons maintenant le CNC (Consensual Non Consensual : Consentement Non Consenti). Ici nous franchissons encore une étape. Cela pourrait se définir comme « Je consens à ce que vous fassiez ce que vous voudrez sans négociation future ». Il n'y a que le premier consentement qui importe : « Oui, je consens à tout ce qui va se passer, sans avoir besoin de négocier davantage ce qui va se passer ». Cela implique une confiance totale dans son/sa partenaire. Les pratiques ici sont extrêmement variées et souvent illégales (viol, enlèvement, edgeplay -soit les pratiques à fort risque tel que le gunplay, le bareback (rapport non protégé) et même la transmission volontaire de maladies-)
S’il peut paraitre séduisant de par sa spontanéité et son côté authentique, le CNC doit être abordé avec la plus grand prudence par ceux qui choisissent ce chemin (c’est le cas de l’esclave totale h24 par exemple).
Nous sommes bel et bien dans un engagement de vie que je n’ai pas à critiquer ou à encourager. Je dirais simplement deux choses : d’une part c’est bien sûr illégal et d’autre part cela ne s’adresse clairement pas à tout le monde.
Le fait est que cela existe et que mon « tableau » serait incomplet si je n’en faisais pas mention.





Pour conclure, je dirai qu’au-delà du fond, de l’essence du BDSM, qu’au-delà des pratiques, la forme que le BDSM prend, il y a un troisième facteur : ce qu’on pourrait définir par le « style ». Aucun style n'est meilleur qu’un autre.  Cela dépend de ce que vous voulez, avec qui vous êtes et ce avec quoi vous êtes à l’aise. SSC, RACK et CNC sont toutes des voies valables pour vivre et pratiquer le BDSM.
Mais trop souvent je vois la confusion que font des pratiquants entre ce qui est « sûr » et ce qui est « sans risque ». Le risque est qu’on le veuille ou non une partie essentielle de l’émotion. Ce qui est « sûr » n’est pas forcément « sans risque ». Je pense que le principe clé de « survie » ici, est de ne laisser personne vous pousser à accepter quelque chose que vous ne vous sentez pas en mesure d'accepter.


Sir John

samedi 15 octobre 2016

Engagement dans la relation ou liberté d'action ?



Aujourd'hui une petite mise au point concernant un sujet auquel nombre de relations D/s naissantes peuvent être confrontées.
Mon attention a été attirée au gré de ma navigation sur le net par le cas de figure suivant :
Une soumise ayant débuté une relation avec un Dominant avait dans le même temps un autre Dominant avec qui elle pratiquait de temps à autre...
Elle partait du principe que ni le premier ni le second Dominant ne lui avait remis de collier et qu'elle n'était donc pas engagée ni avec l'un ni avec l'autre...
Elle se "soumettait" alors à l'un et à l'autre selon les circonstances et selon ses envies.



Je vais vous exposer ma vision des choses, qui bien sûr n'est que MA vision... Mais je la partage au moins avec moi-même...

Par principe, au sein du couple D/s chacun agit selon ce qui a été convenu. Ainsi s'il est laissé la possibilité d'avoir un autre Dominant cela ne regarde que les personnes concernées et grand bien leur fasse !
Encore faut-il que cela soit convenu et accepté.

En revanche, une soumise ne peut avoir qu'un(e) seul(e) Maître(sse) (ou couple de Maître/Maîtresse qui devient alors une entité Dominante).
Elle porte alors le collier qui lui a été remis comme symbole de l'engagement et de confiance réciproque.
Par sa nature ce lien ne peut être engagé qu'avec une seule personne Dominante car celle-ci devient l'unique détentrice du pouvoir remis par la soumise.
L'exercice de ce pouvoir est alors réservé au Maître et ne peut être partagé ou transmis à une tierce personne que par le Maître lui-même.
Nous sommes alors ici dans le cadre d'une relation D/s construite et destinée à évoluer.
Nous ne sommes plus dans le cadre d'une relation occasionnelle où la personne "soumise" ne s'engage pas.

Là où le bât blesse, c'est lorsque cela se fait sans qu'un des protagonistes soit au courant.
On pourrait d'ailleurs poser le cas du Dominant qui aurait une autre soumise sans qu'aucune des deux ne connaisse l'existence de l'autre.
De par son statut le Dominant pourrait bien sûr cacher l'existence d'une autre soumise à sa première, mais au delà du "manque de classe" (et là c'est un parti pris) c'est surtout un réel manque de confiance en sa soumise et en soi qui se révélerait.
Mais je m'éloigne du sujet...

La question est donc : le fait de ne pas porter un collier et de ne pas avoir fait d'un Dominant son Maître permet-il de conserver une totale liberté dans sa "soumission" ?
Je vais être très clair : Une soumise qui espérerait devenir mienne et qui entretiendrait une relation D/s avec une autre personne en même temps, qui plus est en me le cachant, prendrait immédiatement la porte !
Je me remettrai également clairement en cause moi-même, car je prends un soin extrême avant d'entamer une relation. Les relations qui m'intéressent sont des relations suivies. Je pratique du bdsm, pas du libertinage (et pourtant je n'ai rien contre ce dernier).
Mais j'aurai alors clairement fait une erreur de casting ou je n'aurai pas été capable de communiquer correctement avec cette soumise.



Nous rencontrons aujourd'hui selon moi deux types de "soumises". Les premières sont dans une démarche visant à l'établissement d'une relation D/s, elle sont à "conquérir" et deviendront la fierté de leur Maître à n'en point douter.
Elles souhaitent établir une relation de complicité, de confiance, de service et trouver aux pieds de leur Maître leur épanouissement et leur accomplissement. Ce n'est pas un jeu pour elles. Elles sont soumises dans l'âme et prêtes à donner sans compter...
Ces soumises retiennent toute mon attention et mon respect de Dominant envers leur démarche.

L'autre catégorie est la pseudo-soumise ou pire la "souminatrice", qui voit dans la relation D/s un jeu par lequel elle va pouvoir découvrir et prendre du plaisir. Leur principale recherche est le plaisir, le leur !
Ainsi elles ne se sentiront pas engagées avec qui que ce soit tant qu'elles n'auront pas trouvé "le bon" (si tenté même qu'elles le recherchent). Il n'est pas question pour elles d'avoir la patience d'attendre que la relation se développe. Elles aiment courir plusieurs lièvres à la fois mais ne restent jamais dans une relation suivie très longtemps.
C'est ce que j'appelle "les coups d'un soir" que je range dans la catégorie libertines en mode bdsm...
Je peux paraître un peu dur avec ces dernières, mais posez-vous la question : Pensez-vous que le bdsm soit un monde de bisounours ?
La relation se fait souvent dans la douleur et les larmes, dans le sacrifice, dans le dépassement de soi.
Comment donner foi à une personne qui ne peut pas s'engager même sur du court terme ?
Comment avoir envie de poursuivre la construction d'une relation dans laquelle je m'engage si la personne avec qui je construis ne s'engage pas elle-même ?
C'est ici une des différences entre la pratique du bdsm et celle du libertinage à mon sens.
L'un et l'autre sont très respectable mais ne poursuivent pas le même but.
A l'heure de la consommation "kleenex" et du superficiel profondément gravé dans notre société, j'aime à croire que la relation D/s nous rapproche d'une authenticité, d'une vérité humaine à notre portée même si les sacrifices pour l'obtenir ne sont pas accessibles à tous.



jeudi 18 août 2016

Au sujet de la punition...

Faut-il punir ?




Il y a quelques temps une discussion avec une soumise que j'ai la joie de Dominer ponctuellement m'a amené à m'interroger sur la pratique de la punition.
En fait sa question relevait de mon sentiment vis-à-vis de "l'auto-punition" et elle souhaitait savoir si je l'envisageait pour elle ou si cela n'entrait pas dans mes pratiques.
Pour pouvoir lui répondre, je lui ai expliqué ma perception de la punition et pourquoi je la pratique.

Avant de parler de la punition en elle-même, il faut définir la cause, ce qui peut motiver le fait que je prenne la décision de punir.
Pour cela, je distingue deux choses que je ne "traite" pas de la même façon : l'erreur et la faute.
L'erreur est à mes yeux involontaire, elle survient soit par inexpérience de la soumise, soit par carence de ma part (en n'étant pas assez clair dans mes directives par exemple).
Elle est souvent difficilement évitable et peut facilement devenir une leçon positive pour la soumise comme pour le Maître. "On apprend de ses erreurs..."
Je ne punis pas l'erreur car ce serait alors incohérent voir injuste. En revanche je ne manque pas d'expliquer comment éviter cette erreur à l'avenir.
La faute, elle, va bien au delà de l'erreur. Elle peut être évitée. Une erreur qui se reproduit devient à mes yeux une faute.
Je distingue là aussi plusieurs type de fautes. Cela va d'une erreur non corrigée qui se répète, d'un oubli d'une consigne stricte, jusqu'à une désobéissance volontaire ou involontaire.
Il faut bien sûr percevoir la faute au cas par cas et il n'y a pas de généralité à tirer de cela. Il peut aussi y avoir des circonstances qui expliquent pourquoi la faute a été commise ou plutôt pourquoi elle n'a pas été évitée.
Mais soyons clair ! Si une erreur donne lieu à une leçon ou mise au point, la faute, même involontaire (oubli d'une consigne par exemple), nécessite à mes yeux une punition.

Beaucoup voient dans la punition une humiliation qui renvoi parfois à des clichés de notre enfance. On est mis au coin, les mains sur la tête, on a des lignes de copie  faire ou on reçoit une fessée...
Dans le cadre du bdsm, même si le côté "électro-choc" de la punition qui humilie est réel, cela ne peut se résumer à cet aspect.
Mais avant de punir il faut que la faute soit parfaitement établie et comprise comme telle par la soumise. Il n'y a rien de pire que d'être puni pour un motif qu'on ne comprend pas.
Il pourrait en résulter un sentiment d'injustice qui ébranlerait petit à petit la confiance qu'accorde la soumise à son Maître. A ses yeux, son Maître ne peut être injuste !
Une fois la faute comprise par la soumise, il est important qu'elle comprenne également que cette faute nécessite une punition et qu'elle accepte cette idée.
Le punition doit alors être à la mesure de la faute commise, jamais disproportionnée dans un sens comme dans l'autre.



Mais pourquoi diable une soumise accepterai une punition ???
Lorsque j'aborde le sujet avec une soumise, je lui explique qu'une punition n'est pas un jeu et n'est pas anodin. C'est un acte qui prend sa place dans une situation de "crise" plus ou moins importante.
Il ne s'agit pas ici de plaisir, ni du sien, ni du mien. Car si la soumise a commis une faute, j'ai alors aussi ma part de responsabilité.
Cette responsabilité est de n'avoir pas su guider ma soumise pour qu'elle ne commette pas cette faute, cela peut être une faille dans son éducation,cela peut être une chose que je n'ai pas su percevoir.
Certes, c'est bien elle qui est fautive, mais quelque part c'est aussi un aveu de mes propres failles...
Par la punition, la soumise va pouvoir demander pardon à son Maître, lui montrer qu'elle reconnaît qu'elle a commis une faute, qu'elle comprend cela. La punition va alors avoir à la fois un aspect expiatoire mais aussi un moyen de réaffirmer qu'elle souhaite toujours être soumise.
Par la punition, le Maître va permettre à la soumise d'expier, il va lui faire comprendre qu'il accepte ses excuses et qu'en quelque sorte il remet les compteurs à zéro.
Il va ainsi lui transmettre le message suivant : je te renouvelle ma confiance et je te veux toujours comme soumise et cette punition est le prix à payer pour cela.
Loin d'être une rupture la punition permet de continuer à communiquer, de maintenir le lien qui unit la Maître et sa soumise.
Et c'est justement pour cela qu'une punition ne peut être décidée que par le Maître.

C'est donc pour cela que j'ai indiqué à la soumise qui me posait la question que je n'étais pas d'accord avec l'auto-punition.
Seul le Maître peut accorder le pardon. Seul le Maître peut dire à la soumise qu'elle peut continuer à l'être.
Il m'est arrivé de punir une soumise pour le compte d'un autre Dominateur, soit parce qu'il ne pouvait pas être présent, soit parce que cela faisait partie de la punition qu'il voulait. Je n'étais alors que le prolongement de la volonté de ce Dominateur sur sa soumise.
Seul lui pouvait réellement accorder le pardon.

Dernier point qui me semble important : Si la punition doit être à la mesure de la faute commise, elle ne doit pas être donnée sous l'emprise d'une émotion. Jamais je n'inflige une punition sous le coup de la colère. Punir implique avant tout un contrôle total de ses émotions.
De même une punition ne doit pas être reportée à une date trop lointaine car elle perdrait petit à petit de son sens. Donc je la donne ni sur le moment ni trop tard.
Mais je la donne toujours si je l'ai dit !

Dans la pratique avec ma soumise, une punition est systématiquement reportée dans un carnet qui reste en possession de ma soumise. La date est indiquée ainsi que le motif et la punition elle-même.
Ainsi il reste un témoignage que ma soumise peut consulter de temps à autre si elle éprouve le besoin d'un "recadrage". Elle en tire un effet bénéfique, lui rappelant sa condition et sa place et lui permettant de se rappeler à l'ordre par elle-même.
Les punitions que je lui inflige ne sont pas uniquement physique, la dimension psychologique est aussi présente, en fonction de la gravité de la faute. Mais encore une fois elle n'est jamais disproportionnée par rapport à la faute elle-même.


Sir John





mardi 9 août 2016

De l'étiquette et des codes de comportement entre "vanilles" et "kinsters"...

On parle beaucoup de "code" ou "d'étiquette" dans certains "milieux BDSM" croisés ça et là sur le net.
Certains y tiennent, d'autres y sont complètement étranger(e)s.
Avant de vouloir appliquer cela ou d'y être complètement hermétique, il conviendrait d'expliquer de quoi il s'agit au juste.
Aussi je vous livre MA vision de cela, sachant que chacun au sein de son couple a ses propres règles...




Tout d'abord cette fameuse étiquette n'existe que dans le cadre de rencontres et soirées afin que les personnes adoptent un code de comportement dans lequel elles se reconnaissent.
C'est l'idée d'appartenir à une communauté et de partager les mêmes valeurs.
Cette étiquette est appliquée ou non au sein du couple D/s avec toutes les variantes qui lui sont propres mais n'aura jamais la priorité sur ce qui est défini par la personne Dominante et la personne soumise.
Donc nous utilisons certains termes, adoptons certaines attitudes ENTRE PERSONNES PRATIQUANTS.

Il me parait inutile, voir ridicule pour une personne ne pratiquant pas de mettre en pratique cette étiquette puisque ne faisant pas partie de cette communauté.
En revanche cela n'exclue pas les règles élémentaires de politesse en usage dans notre société.
Le fait de vouvoyer une personne ne signifie en rien qu'on reconnait cette personne comme Dominante, c'est juste une marque de politesse et de respect envers n'importe quelle personne qu'on ne connait pas.
Personnellement je vouvoie tout le monde, Dominante comme soumise, kinky comme vanille.

Les termes de Monsieur ou Madame sont, il est vrai, en général utilisés par une personne soumise pour s'adresser à une personne Dominante de façon générale.
Les termes de Maître ou de Maîtresse sont le titre que donne une personne soumise à SA/SON Dominant(e), cela implique un lien, un engagement entre les deux personnes et ne s'applique pas à une autre personne que celle-ci.

Si vous venez sur un site traitant de BDSM en tant que "vanille", je ne vois pas pourquoi vous devriez vous plier à cette étiquette sauf si cela fait partie des règles en aplication dans le site et que vous approuvez en vous y inscrivant.
Mais si ce n'est pas le cas, pourquoi ne pas être tout simplement vous-même ?
Je pense même qu'une personne vanille qui mettrait en pratique cette étiquette risque même de créer des confusions et risquerait d'être prise pour une personne qui pratique ou une personne impolie.

Si vous venez sur le site en tant que Dominant(e) ou soumis(e), dans ce cas il me semble que si vous revendiquez votre appartenance à notre "communauté", il faut l'assumer et agir comme effectivement un membre de cette communauté en utilisant les formes et comportements appropriées.
Mais cela ne signifie pas non plus que des Dominant(e)s aient le droit de manquer de respect et de politesse à des soumis(es), tout comme des soumis(es) ne manqueront pas de respect et de politesse à des Dominant(e)s. Mais n'est-ce pas la base du savoir-vivre ?

J'ajoute un petit complément plus particulièrement à l'intention des soumises et des soumis. N'y voyez en rien une réflexion désobligeante de ma part et encore moins un manque de respect, c'est tout le contraire.

Savez-vous pourquoi j'apprécie que vous utilisiez les termes de Monsieur ou de Madame envers les personnes Dominantes, que vous vouvoyiez les personnes à qui vous vous adressez et que vous mettiez les formes à vos écrits ?
Ce n'est pas pour flatter mon ego de Dominant ni pour vous rappeler quelle est votre place... C'est tout simplement parce que vous donnez alors une belle image de l'éducation que vous avez reçue de votre Maître ou de votre Maîtresse.
C'est parce que vous donnez alors à la fois une belle image de vous et une belle image de votre Dominant(e).
Je trouverai dommage d'avoir entrepris ce chemin, cet engagement, et de ne pas y faire honneur.
Car il n'est rien de plus admirable que de voir une personne ayant adopté la voie de la soumission la suivre avec cette force qui la caractérise et renouvelle ainsi au quotidien le don de soi qu'elle a fait à celui ou celle qu'elle a choisie.

L'image du Dominant est celle que le/la soumis(e) donne à travers lui/elle-même.
S.J.



samedi 6 août 2016

Manifeste du 20 juillet 2014.

Aujourd'hui un article un peu particulier...
Il s'agit du manifeste qui a été réalisé en juillet 2014 par un certain nombre de pratiquants (Dom comme soum) au sein de l'Anneau de Justine pour tenter d'expliquer la démarche du bdms et réclamer la reconnaissance de cette démarche.

En introduction, je vous livre la présentation qu'en fait Maître George, fondateur de la Communauté du Triskel / l'Anneau de Justine. J'ai l'honneur d'avoir fait partie de l'équipe qui a travaillé sur ce manifeste et d'avoir pu y apporter ma modeste contribution.




Chers amis, bonjour,
Je vous prie de trouver ci-dessous un document auquel je vous demande de prêter une attention toute particulière.
Il s’agit du Manifeste des passionnés de relations de domination/soumission qui demande la reconnaissance de nos pratiques comme étant respectables.
Ce Manifeste n’entend pas embrasser toute l’étendue de nos relations, mais simplement établir le plus petit dénominateur commun qui permette de mettre en évidence la spécificité de ces relations.
Il ne s’agit absolument pas d’une tentative de règlementation de nos pratiques, mais bien de rompre une fois pour toute avec la ribambelle de simulateurs qui parasitent notre monde et qui nous ont tissé la réputation désastreuse qui pèse sur nous tous depuis toujours.
Ces simulateurs n’ont rien à voir avec nous. Ils ne sont en fait pas du tout intéressés par nos relations si complexes. Ils n’affichent qu’un intérêt feint pour ces relations afin d’obtenir des relations sexuelles, et dans ce but, ils sont prêts à tout (et à n’importe quoi).
Il nous fallait un document de référence, diffusé le plus largement possible. Ainsi, une débutante qui aurait lu ce texte, pourrait facilement constater qu’elle est en présence d’un simulateur, et s’écarter de son chemin.
C’est dans cette optique que plusieurs personnes de grande expérience, présentes sur notre site, ont travaillé ensemble depuis plusieurs mois. Une vingtaine de versions successives ont été corrigées et amendées. Chaque mot a fait l’objet de discussions avant de parvenir au texte ci-dessous.
Nous ne demandons pas que chaque personne qui approuve ce texte le signe de son nom d’état civil. Comme tous les autres manifestes, il sera signé de ceux qui n’ont pas de problème particulier à le faire, ou de ceux qui, comme les écrivains, les commerçants, et plus généralement les professionnels de notre monde, ont déjà livré leurs noms au public. Les autres peuvent le signer de leurs pseudonymes, ou de leur adresse mail.
Il n’en demeure pas moins essentiel que CHACUN d’ENTRE VOUS fasse circuler ce texte auprès de toutes ses connaissances.
Je vous en remercie à l’avance.
Maître George



MANIFESTE



À tous ceux et celles qui connaissent la plénitude de vivre une relation de Domination / soumission.
À tous ceux et celles qui ont rencontré leur Évidence et désirent en attester.
À tous ceux et celles qui se découvrent attirés en eux-mêmes, hésitent, craignent et questionnent.
À tous ceux et celles qui ignorent, mais font preuve d’une tolérante curiosité et de respect à l’égard des choix de vie d’autrui.

Nous, signataires de ce manifeste, désirons porter au grand jour la réalité des relations que nous vivons, mettre à bas la réputation calomnieuse de nos pratiques et être considérés tels que nous sommes : des personnes responsables et respectueuses d’autrui en toutes situations.

Nous vivons dans le bonheur de relations hiérarchiques, érotiques, entre adultes consentants, exemptes de tout clivage sexiste. Ces relations nous permettent l’expression d’une partie importante de nous-mêmes. C’est ainsi que nous vivons en harmonie dans le respect des choix de chacun d’entre nous.

Ce mode de relation porte des noms divers : Domination/soumission, relation D/s, BDSM, Sado-Maso, SM, etc. Ces intitulés ne nous conviennent pas. La semi-clandestinité dans laquelle nous sommes tenus, depuis fort longtemps, contre notre gré, n’a pas permis, à ce jour, un consensus collégial autour d’un terme plus conforme à la réalité de nos relations et de nos pratiques.
Il s’agit de la sublimation, théâtralisée ou non, du don de soi du soumis ou de la soumise, accepté par le dominant ou la dominante qui en assume la responsabilité. C’est autour de cette célébration du don de soi de la personne soumise et de l’exercice de cette responsabilité de la personne dominante que nous désirons être reconnus.

Ce sont des relations construites et librement choisies par chacun en pleine conscience. Elles font l’objet d’accords préalables clairement exprimés et limités. Une fois le consentement mutuel formulé, elles nécessitent une grande bienveillance et un respect partagé. En cela, elles rompent clairement avec les notions de prédation, de manipulation unilatérale et d’exploitation par la force ou par la ruse.

Ces relations sont ponctuelles ou durables. Phallocratie ou féminisme exacerbé ne sont pas de mise puisque les positions hiérarchiques des femmes comme des hommes sont librement choisies par chacun en fonction de sa nature profonde : dominant ou dominante, soumis ou soumise. Ces tendances de nos personnalités qui s’expriment avec plus ou moins d’intensité, pour tout le monde, dans la vie sociale, familiale, professionnelle. Pour nous, elles se révèlent comme une Évidence que nous transcendons librement dans la profondeur de nos relations intimes et qui se traduisent par de nombreuses pratiques, sources de sensations et de partages.

Il est vrai que nos relations font aujourd’hui le sujet de best-sellers mondiaux. Depuis la nuit des temps, nos modes de relations hiérarchiques inspirent les artistes, les philosophes. Nos relations sont représentées dans le monde de l’art, par les professionnels du marketing, de l’industrie de la communication, les grands couturiers ou les designers. Toutes ces images et ces évocations sont diffusées dans la société civile. Nous devons nous réjouir de tout ce qui permet de nous découvrir. Toutes ces œuvres et ces images passées, présentes ou à venir en font partie et grâce à elles, celles et ceux qui nous ont rejoints sont nombreux.
Néanmoins, à ce jour, rien de tout cela n’a permis de mieux nous définir ni de poser les bases de ce qui nous rassemble.
Sans prétention de répondre à toutes les facettes de notre mouvance, c’est la détermination d’apporter notre part à ce nécessaire rassemblement qui nous anime.

Comme les marins expérimentés, qui connaissent et préviennent des dangers de la mer, il est de notre devoir, de faire part de notre vécu, de notre vision, et d’être les garants de toute déviance.
Pour cela, nous rassembler et communiquer entre nous est déterminant pour préserver les victimes de la violence des prédateurs et manipulateurs, de l’isolement et de ses conséquences.

Adultes responsables et raisonnés, nous refusons toute manipulation ou acte qui pourrait mettre en péril l’intégrité physique et mentale de toute personne.
Nous refusons toute violence, puisque, aussi poussées que soient les pratiques, pour certains, elles ont pour impératif de transcender la notion de douleur en sensations de plaisir. Pour d’autres, nombreuses sont les pratiques totalement indolores.

Les pratiques qui caractérisent nos relations sont extrêmement variées.
Elles sont parfois élevées au rang d’expression artistique.
Néanmoins, nos relations ne peuvent en aucun cas être réduites aux caractéristiques de l’une de ces pratiques. En réalité, elles ne sont que l’expression du désir spécifique librement consenti de chacun.
C’est cette approche qui nous prévient de la vulgarité tout en écartant les tabous. Elle exalte notre esprit, enflamme nos désirs et fait chanter l’âme humaine de notre nature animale.
Nous refusons, avec la plus grande énergie, de servir de bouc émissaire à tous ceux qui, par ignorance ou honte de leurs propres pratiques sexuelles, nous assimilent à la pornographie, au proxénétisme, à la violence faite aux femmes, mais aussi aux hommes.
Nous sommes fiers de vivre notre moi profond et demandons à être respectés, par égard au bonheur partagé que vivent la plupart d’entre nous.
Nous voulons vivre nos choix relationnels en bénéficiant des effets de la loi contre les discriminations, les injures et diffamations de toutes sortes visant les orientations sexuelles et les mœurs différentes.

Nous souhaitons pouvoir nous associer librement, sans dissimuler qui nous sommes ni ce que nous souhaitons faire ensemble, au même titre que les homosexuels et transsexuels. (LGBT)
Nous souhaitons nous réunir sans nous cacher, pouvoir accueillir, sans prosélytisme, mais avec sincérité, ceux qui s’interrogent, qui veulent nous rejoindre sans peur de la vindicte.
Nous souhaitons que ce manifeste soit le porte-parole de ce qui nous rassemble, témoin de nos choix responsables, respectueux et respectables.

Signer ce manifeste ne signifie nullement que vous êtes pratiquant, mais que vous reconnaissez notre droit à vivre librement nos relations humaines, saines, sûres et consensuelles, garantes du bonheur de celles et ceux qui les vivent.
Notre volonté est que votre signature, notre signature, soit une adhésion, un message permettant à des centaines, peut-être des milliers de personnes de se réaliser en toute sécurité avec sérénité et fierté de vivre un accomplissement personnel des plus harmonieux.


Pour plus d'informations, je vous invite à vous rendre sur le site de l'Anneau de Justine : http://www.anneaudejustine.com/