dimanche 3 septembre 2017

Allégorie...



Il y a quelques temps Ange m'a dit :

- Maître…Je voudrais vous poser une question…
- Je t’écoute.
- Depuis maintenant trois ans que nous vivons cette relation D/s, comment vous définiriez notre parcours ? En êtes-vous satisfait ? Est-ce que vous ne vous lassez pas de moi ?
- Ça fait trois questions...

Elle baissa les yeux.  Je lui souris.

- Je plaisante mon Ange…  Mais pour te répondre, j’aimerai te raconter l’histoire que m’a un jour contée une Grande Dame.  C’est un peu comme un conte.  Et comme les contes commencent par « Il était une fois… », voici :
  
Il était une fois un petit village au fond d’une vallée semblable à nombre de petits villages au fond de vallées dans lequel avait grandi depuis sa plus tendre enfance une jeune fille.  Cette jeune fille n’avait selon les autres habitants du village rien de particulier, elle n’était ni belle, ni laide, n’était ni intelligente, ni bête, n’avait une vie ni passionnante ni morose.  Il y avait toutefois une chose qui la distingua une fois qu’elle fut une jeune adulte des autres filles de son village.

Elle était, sans être capable de savoir pourquoi, irrémédiablement attirée par la montagne dont les pentes enfonçaient leurs assises dans la vallée, à la sortie de son village.
Nombre de personnes, lorsqu’elle avait fait état de son attirance pour la montagne, la mirent en garde : « Ne t’aventure surtout pas là-bas, tu courrais à ta perte, c’est bien trop dangereux.  Une jeune fille comme il faut ne va pas dans la montagne, elle reste dans le village avec les autres ! »  Ainsi était sa vie, pas malheureuse, mais elle sentait qu’il lui manquait quelque chose, quelque chose dont le besoin se faisait de plus en plus grand.


Or un jour un guide de montagne arriva dans le village.  Il n’était pas vraiment le bienvenu et les villageois l’évitaient.  Certains le méprisaient, d’autres en avaient peur.  En tout cas, il était comme un étranger pour eux car ils ne pouvaient pas comprendre qu’on puisse être guide d’une chose si dangereuse.
La jeune fille prit son courage à deux mains et osa aller parler à cet homme qui lui paraissait mystérieux et qui lui inspirait du respect et un peu de crainte.  Pourtant sans savoir pourquoi, elle savait au fond d’elle qu’elle pouvait lui parler de son envie, qu’il saurait lui, la comprendre.  Et effectivement, après l’avoir écouté, l’homme lui dit qu’il acceptait de l’emmener dans la montagne et qu’il était touché par la confiance qu’elle avait placé en lui.

Au petit matin ils partirent donc tous les deux par le chemin qui menait vers les sommets.  Au début ce chemin fut facilement praticable mais plus ils avançaient et plus la pente devenait raide. Alors il passa une corde autour de sa taille et autour de la taille de la jeune fille.  Ainsi si elle venait à tomber, il pourrait la rattraper et lui éviter une chute mortelle.  L’ascension continua ainsi, parfois facile, parfois ardue.

Régulièrement ils faisaient des pauses pour prendre le temps de se reposer et d’apprécier le chemin parcouru et celui qu’il leur restait encore à faire.  Parfois la jeune fille jetait un regard vers le village dans la vallée.  Celui-ci devenait de plus en plus petit au fur et à mesure qu’ils escaladaient la montagne.  Parfois lors de ces pauses, il lui demandait si elle ne regrettait pas son voyage et d’avoir quitté sa vie dans le village.  Et à chaque fois la jeune fille lui faisait la même réponse négative car plus elle progressait, plus elle avait envie de continuer.
Il arrivait aussi à la jeune fille de trébucher sur une pierre, de tomber au sol.  Mais à chaque fois Son guide était là pour la rattraper, pour lui expliquer comment placer ses pieds, comment assurer sa prise et il l’encourageait régulièrement, se fâchant aussi si elle recommençait la même erreur.  Mais ce n'était pas une réelle colère.  Il s'agissait plus d'une inquiétude, d'une volonté bienveillante qu'elle trouve le bon chemin...  Ils continuèrent ainsi leur ascension apprenant tous deux à chaque pas.

Puis un jour, sans même s’en rendre compte, ils atteignirent le sommet.
Ils ressentirent une grande plénitude, la sensation de s’être accomplis.
La vallée et le village étaient bien loin.
Dès lors ils avaient une décision à prendre car ils ne pouvaient visiblement pas aller plus loin dans cette montagne.  Le guide proposa alors à la jeune fille de lui retirer la corde qui la protégeait et de retourner dans le village pour à son tour devenir guide, ou alors de l’accompagner pour trouver une autre montagne à arpenter et à Dominer…

Notre relation, mon Ange, est telle une montagne que nous gravissons petit à petit.  Un jour ce choix, je te le proposerai car le BDSM est un chemin initiatique qui nous forme et nous permet de nous accomplir.

Un jour, tu auras toi aussi ce choix à faire, mais nous ne sommes pas encore au sommet de notre montagne…  Mais une chose est sûre : ni toi ni moi n’avons à regretter la vallée…




lundi 30 janvier 2017

SSC, RACK, PRICK, CNC... Une affaire de style ?

Bonjour,

J’ai pu constater, au détour de déambulations sur le web qu’émergeaient une multitude de groupes de discussion ayant pour sujet le BDSM ou du moins s’en rapprochant.  Il m’arrive de fréquenter certains de ces groupes et, je l’avoue, d’y jouer un peu les troublions en faisant un peu de provocation, non dans le but d’afficher qui que ce soit et encore moins de satisfaire une pulsion narcissique. Ceux qui suivent ce blog depuis sa création ont pu se rendre compte que notre (à Ange et à moi) but n’était pas d’étaler un savoir que vous pouvez de toute façon trouver sur le net, mais au contraire d’inviter qui le souhaite à réfléchir sur sa propre démarche en vous livrant, brut de coffrage notre propre expérience et notre propre parcours…
Ceci étant, je remarque que dans ces mêmes groupes se pose rapidement un problème de communication. Et pour cause… Nous ne parlons pas forcément de la même chose, avec des vocabulaires différents, avec des motivations différentes, avec souvent un ego exacerbé et bien trop souvent dans le feu de l’action.
Des personnes avec une longue expérience du BDSM côtoient des personnes n’ayant jamais pratiqué. Des personnes qui ont fait du BDM un art de vie côtoient des personnes qui recherchent juste de quoi épicer leur relation au sein de leur couple. A cela on peut rajouter que dans les réseaux sociaux c’est souvent celui qui parle en dernier ou qui obtient le plus de « like » qui a raison… Bref…
Ce melting pot peut être enrichissant à bien des égards, mais il est aussi source de mésententes ce qui va à l’encontre du but recherché par les personnes qui ont créé ces groupes.

Je souhaite donc ici, bien loin de faire une analyse systématique et sociologique du maillage de ces groupes, tenter de définir ce qui nous rapproche et ce qui nous sépare dans nos pratiques du BDSM.




Avant toute chose il me semble important de séparer le fond et la forme.

Je taquine souvent les personnes qui déclarent « je vis MON BDSM » argumentant que chacun est libre de vivre sa façon de pratiquer comme il l’entend, que cela doit être respecté et qu’il serait intolérant d’aller à l’encontre de cela, d’autant qu’il n’existe pas de « bible » du BDSM et que de toute façon même si cela existait ce serait alors dogmatique que de vouloir appliquer à la lettre un tel ouvrage.
Ben en fait… Si. Il existe un écrit, appelé le manifeste des 10 familles, introuvable maintenant mais qui posa jadis les bases de la relation D/s. Mais cela est anecdotique. En fait ce qui me fait bondir dans la déclaration citée et dans les arguments donnés, c’est qu’on ne parle pas de la même chose. Dans la déclaration on parle du fond et dans les arguments on parle de la forme.
De mon point de vue, le « fond » du BDSM est défini par un transfert de pouvoir. Une personne remet de façon consentante le pouvoir de décision à une autre personne consentante qui a pour tâche d’appliquer ce pouvoir. Rien de plus, rien de moins.
La forme ensuite est constituée par les multiples pratiques et cadres dans lesquels ce transfert va s’effectuer et devenir actif.
C’est pour cela que j’estime qu’on ne peut pas personnaliser le BDSM, ce qu’on personnalise, ce sont les pratiques qui rende le BDSM actif dans la relation (j’utilise le terme « pratiques » par commodité, car cela intègre entre autres les limites de chacun, le type de relation, ce qui est pratiqué et les buts et objectifs qu’on peut fixer).

Or au sein de la communauté BDSM elle-même, nous avons aussi des problèmes de communications, même si nous devrions, par principe, aller vers plus de tolérance et de respect…
Diantre ! Pourquoi ce fait ?
J’ai depuis longtemps abandonné l’idée que notre communauté puisse un jour se « fédérer ». Allez dire à un/une Dominant(e) comment agir et vous verrez la réaction…
Notre monde qui s’époumone à travailler sur nos egos est paradoxalement un monde où l’ego se fait le plus sentir…
Et je ne fais pas exception à la règle !
J’ai donc voulu essayer de comprendre pourquoi et je me suis rendu compte qu’au sein de notre petit monde BDSM nous n’avions pas tous la même notion finalement du fond !
Un peu contradictoire, non ?

Pour expliquer cela je vais devoir utiliser un certain nombre d’acronymes et je vous prie de bien vouloir m’en excuser dès à présent.
Aussi, place maintenant à la lutte pour le la suprématie du BDSM entre : SSC, RACK, PRICK, CNC et autres edgeplay…

Le SSC (sain, safe & consensual : sanité, sécurité & consentement) est le côté bdsmement correct. La relation est basée sur le fait d’avoir des pratiques sécurisées, dans des conditions saines de corps et d’esprit et avec un consentement réciproque à tout moment. C’est ce que pratiquent la majeure partie des gens et ce qu’on présente en général comme principe de base à des personnes qui ne pratiquent pas elles-mêmes car cela apporte une dimension très rassurante.



Franchissons une étape et intéressons-nous au RACK (Risk Aware Consensual Kink : Risque Conscient Consenti dans le sexe alternatif (kink) ) et au PRICK (Personal Responsibility, Informed Consensual Kink : Prise de Responsabilité Personnelle en connaissance des risques Consenti dans le sexe alternatif) ou encore au CCC (Committed Compassionate Consensual). Ici, on part du principe qu’une pratique ne peut jamais être sûre à 100 % et on admet de façon reconnue qu’il y a un risque et que ce risque peut avoir des effets dommageables. Mais, à la lumière de ces risques, les partenaires ont, de bonne foi, donné leur consentement préalable pour s'engager dans cette activité.
C’est ici un état d'esprit qui accorde plus d'attention aux conséquences peut-être inattendues des pratiques BDSM. Sa théorie s'articule autour de l'engagement raisonné, y compris les conséquences possibles d'un jeu plus risqué. En revanche, le SSC tourne autour des résultats finaux du jeu. Il essaie de minimiser tout préjudice potentiel malgré les risques auxquels les joueurs du BDSM pourraient être prêts à participer. Les deux philosophies visent à minimiser les préjudices prévisibles, mais le RACK met plus l'accent sur l'engagement individuel à un risque possible au préalable, alors que le SSC essaie de minimiser le préjudice total prévisible à plus long terme. Ainsi, les adeptes du RACK insistent sur la valeur du consentement préalable individuel au plaisir même risqué..
On va ainsi retrouver dans cette vision du BDSM des pratiques comme par exemple le breathplay, le knifeplay, le waterboarding et de nombreuses autres encore.
Nous sommes bien sûr ici déjà dans l’illégalité de par la mise en danger consciente d’autrui.
En aucun cas un « débutant » n’a intérêt à s’essayer à cela et bien sûr je n’encourage officiellement pas cela non plus…





Allons plus loin et voyons maintenant le CNC (Consensual Non Consensual : Consentement Non Consenti). Ici nous franchissons encore une étape. Cela pourrait se définir comme « Je consens à ce que vous fassiez ce que vous voudrez sans négociation future ». Il n'y a que le premier consentement qui importe : « Oui, je consens à tout ce qui va se passer, sans avoir besoin de négocier davantage ce qui va se passer ». Cela implique une confiance totale dans son/sa partenaire. Les pratiques ici sont extrêmement variées et souvent illégales (viol, enlèvement, edgeplay -soit les pratiques à fort risque tel que le gunplay, le bareback (rapport non protégé) et même la transmission volontaire de maladies-)
S’il peut paraitre séduisant de par sa spontanéité et son côté authentique, le CNC doit être abordé avec la plus grand prudence par ceux qui choisissent ce chemin (c’est le cas de l’esclave totale h24 par exemple).
Nous sommes bel et bien dans un engagement de vie que je n’ai pas à critiquer ou à encourager. Je dirais simplement deux choses : d’une part c’est bien sûr illégal et d’autre part cela ne s’adresse clairement pas à tout le monde.
Le fait est que cela existe et que mon « tableau » serait incomplet si je n’en faisais pas mention.





Pour conclure, je dirai qu’au-delà du fond, de l’essence du BDSM, qu’au-delà des pratiques, la forme que le BDSM prend, il y a un troisième facteur : ce qu’on pourrait définir par le « style ». Aucun style n'est meilleur qu’un autre.  Cela dépend de ce que vous voulez, avec qui vous êtes et ce avec quoi vous êtes à l’aise. SSC, RACK et CNC sont toutes des voies valables pour vivre et pratiquer le BDSM.
Mais trop souvent je vois la confusion que font des pratiquants entre ce qui est « sûr » et ce qui est « sans risque ». Le risque est qu’on le veuille ou non une partie essentielle de l’émotion. Ce qui est « sûr » n’est pas forcément « sans risque ». Je pense que le principe clé de « survie » ici, est de ne laisser personne vous pousser à accepter quelque chose que vous ne vous sentez pas en mesure d'accepter.


Sir John