mardi 20 août 2019

Triskel et BDSM

Beaucoup de personnes pratiquant le bdsm font référence au symbole maintenant connu (et reconnu) un peu partout : le triskèle, également orthographié triskell ou triskel ou appelé aussi triskelion ou triquètre ou triscèle...
Pourtant peu savent pourquoi et surtout quand ce symbole est apparu dans notre communauté.

J'ai entendu (et lu) beaucoup de choses à ce sujet. Force est de constater qu'au delà des chauvinismes exacerbés, des revendications plus ou moins étayées et des hypothèses données pour vraies, chacun met un peu à sa sauce quelque chose qui est pourtant bien vérifiable, à la fois par l'Histoire et par les sources encore existantes et consultables.




Les origines du Triskel :


Avant toute chose je tiens à dire que j'ai de très bons amis en Bretagne, j'aime particulièrement cette région de France mais je me dois d'asséner la dure réalité au risque de me voir pris pour cible du FLB ;-) : le triskel à la base, ben ce n'est pas Breton...

Le symbole existe en réalité depuis le néolithique et on le trouve à peu près partout sur la surface de la planète.
On le trouve par exemple dans les Cyclades bien avant toute trace dans la culture celte...
Après les celtes (à peine 3000 ans plus tard hein ;-) ) en ont fait un de leurs principaux symboles, lui associant la symbolique des trois jambes humaines ou encore de la roue solaire.
Mais les celtes, ce n'est pas que la Bretagne, et loin s'en faut ;-)
Et que les bretons ne m'en tiennent pas rigueur mais la population qui vit actuellement en Bretagne a à peu près autant d'origine celte que moi j'en ai des Maoris... 
Par ailleurs, le triskel n'est adopté dans les milieux druidiques bretons qu'au milieu du XIXème siècle ! Et ce sont les courants nationalistes bretons qui vont ensuite le récupérer comme emblème, mais seulement au XXème siècle...
Bref...




Et le bdsm dans tout ça ?

Ben oui, pourquoi un triskel dans le bdsm ?

En 1994, sur un forum AOL, une discussion concernant la création d'un symbole "universel" pour les pratiques sm a vu le jour. Ce symbole devait être discret, décoratif et connu uniquement dans la sous-culture sm. Le projet EMBLEM a alors vu le jour et l'idée d'un utilisateur dont le pseudo est Quagmyr est alors adoptée.

Pour son symbole, il a repris la description du symbole décrit par Pauline Réage et l'a adapté en lui conférant une symbolique renforcée.

Voici le lien vers le site de Quagmyr, qui reste à peu près la seule trace de cette époque : http://emblemproject.sagcs.net

Oui, mais pourquoi Pauline Réage a t elle utilisé un triskel ?
Pauline Réage, en fait Anne Cécile Desclos, dite Dominique Aury (qui se souvient qu'elle a même été la conseillère du ministre de l'éducation nationale dans les années 74/75), est originaire des Charentes Maritimes. Encore bébé elle est confiée par sa mère rejetante, une femme austère et misanthrope qui éprouve du dégoût pour le corps, à sa grand mère paternelle, bretonne. Elle confiera qu'au moment de la rédaction d'Histoire d'O, l'idée de prendre un symbole celtique pour décrire la bague lui est venu du souvenir de sa grand-mère, comme un hommage à la femme qui l'a recueillie.

Voilà pour la petite histoire...





La symbolique bdsm du Triskelion :


N.B. :
Pour cette partie je reprendrais à la fois les éléments du site de Quaqmyr et la très bonne synthèse qu'en à faite "Indomptable" en février 2014 dans une très intéressante publication sur un autre site (BDS'aime en l’occurrence). Merci à elle pour cette synthèse que je complète et actualise ici avec le fruit de mes propres recherches.

Lors du choix du triskel, cette symbolique répond essentiellement à quatre critères tels que décrits dans le roman de Pauline Réage et développés et complétés par Quaqmyr :  
  
- Les jantes et les rayons sont d'une couleur indiquant un métal (fer, argent ou or).
- Les jantes et les rayons sont de largeur égale, les rayons incurvés dans le sens horaire (cela sera abandonné ensuite car le triskel d'origine se rencontre incurvé dans les sens dextrorsum et senestrorsum).
- Les champs intérieurs sont noir.
- Les trous dans les champs sont vraiment des trous et non des points.

Les trois régions symbolisent à l'origine les trois divisions B&D, D/s et S-M. Mais certains y trouvent aussi la triple loi du SSC : Safe (sécurité), Sane (sain de corps et d'esprit), Consensual (consensuel). Et finalement, les trois tendances Top (Actif, Domimant), Bottom (passif, soumis) et Switch (Alternatif).
Le choix de la couleur noir reposerait sur la face sombre de la sexualité dans le BDSM mais également pour rappeler que nos pratiques sont encore cachées (à cette époque) du regard des non pratiquants.

Les trous affirmeraient quand à eux qu'un individu est incomplet pour pratiquer une activité BDSM, qu'elle soit au moins une forme de jeu ou, à son apogée, une forme d'amour. En somme un vide qui ne pourra être rempli que par un autre individu.  

Comme dans le Yin-Yang, la jante et les rayons sont les limites floues entre la fin d'une activité et le début d'une autre, un état auquel s'ajoute le mouvement donné par la disposition pour sous-entendre le cheminement de l'une vers l'autre.
La couleur métallique (fer, argent ou or) serait représentative des chaînes et des fers de la servitude.  

Petite note qu'a publié Quaqmyr à l'époque :
L'emblème BDSM a été créé pour servir la communauté, dans un cadre non lucratif et à usage culturel, éducatif et artistique, nullement pour qu'il devienne un sujet de mercantilisme ou qu'il soit vulgarisé à en perdre sa signification.

Sir John